Tempi fa, Corse, Porto, Ota, photographies du XIXe et XXe siècle.
Les barricades du 1er septembre 1969.
La rébellion, ou une révolution ! !
Une exaspération.
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C'était le 1er septembre 1969. Une odeur de fumigènes et le bruit sourd des détonations de grenades ont nappés la vallée une partie de la journée. La requête de réfection de la route Porto Calvi, chaotique depuis le Second Empire, la fermeture de l'école Primaire de Porto, du poste de Gendarmerie d'Ota et la suppression des deux postes d'agents EDF de Porto ont amené les habitants à se mobiliser pour protester contre cet état de fait. Des barricades ont été édifiées sur les différentes routes d'accès au village.
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Derniers et vains pourparlers entre le comité d'action (4ème à partir de la gauche, de dos, M. Guillaume Leca) et les gendarmes mobiles.
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Le pont de Porto dans la fumée des explosions après l'offensive.
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A proximité d'un barrage, un manifestant et une pancarte éloquente.
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Le barrage sur la route d'Evisa, le drapeau Corse et, sur un tonneau cette inscription: "Pour la défense de la Corse, afin que nos routes ne soient plus des sentiers muletiers."
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Source "Le Provençal Corse" septembre 1969.
Déroulement des évènements.
Manifestation, en Corse contre le mauvais état des routes.
La station de Porto isolée, toute la journée d'hier, par cinq barrages.
Porto, la charmante station estivale de la côte occidentale de la Corse, a vécu, hier(le 1er septembre), une explosion revendicative qui s'est traduite par des barrages de route isolant totalement l'agglomération, des échanges de motion et télégrammes entre le Comité d'action, le maire d'Ota, Jean-Baptiste Coeroli et la préfecture, et en fin d'après-midi, par des heurts entre les forces de l'ordre--deux escadrons de gendarmerie mobile, placés sous les ordres du commandant Lacrampe-Ruintat, dépêchés sur les lieux-- et les manifestants, au nombre de 250 environ.
Cette journée revendicative a été organisée par un comité d'action composé de MM.Guillaume Leca, André Leca, Etienne François, Roch Marazzi, François Spinosi et Antoine Orsini, professionnels du tourisme et commerçants de Porto, et activement soutenus par le Syndicat départemental de l'hôtellerie, représenté sur les lieux par M. Poinsignon, la section départementale des P.M.E, représentée par M. de Susini, et enfin par l'Action régionaliste corse. Un tract qui circulait, hier, dans les rangs des manifestants, faisait état des revendications qui ont motivé cette action qui avait l'adhésion des populations de Porto et des communes voisines.
Tout a commencé dans la nuit et la surprise a été totale. Après un mouvement inaccoutumé de véhicules qui s'intensifie au fil des minutes. Le premier barrage s'élève à 2h 30, coupant la R.N.199, à hauteur de l'hôtel du Pont, et par conséquent l'accès aux véhicules venant d'Ajaccio. Ce barrage est érigé à l'aide de roches, de tracteurs et de poteaux téléphoniques. Un deuxième barrage coupe ensuite la route Porto-Evisa, constitué cette fois par un eucalyptus abattu. Enfin, la route de Calvi et la route d'Ota sont à leur tour barrées. Et à 4h, Porto est pratiquement mis en état de siège.
Les gendarmes de la brigade d'Ota arrivent alors sur les lieux. la préfecture est alertée. a 6h 45, la motion du comité d'action est remise aux gendarmes pour transmission. Tout sera calme jusqu'à l'annonce de l'arrivée imminente de trois fourgons de gardes mobiles. Un drapeau à tète de maure flotte alors sur la tour de Porto. les esprits s'échauffent. On s'attend à une sérieuse intervention des forces de l'ordre. la position des manifestants qui tiennent les barricades se renforce.
Cependant, les voitures et cars de tourisme ont fait demi-tour pris au piège des barrages.
En réponse à la motion du comité d'action, le préfet de la Corse, qui est en liaison avec le maire d'Ota, adresse à celui-ci deux télégrammes. Le premier à 11h, le second à 14h. Ces deux télégrammes, soumis par M. Coeroli, au comité d'action, sont refusés. En voici la teneur.
Premier télégramme: "Suite à notre entretien téléphonique vous confirme aucune suppression classes écoles Porto ni transfert à Ota envisagé -Demande directeur départemental Equipement tous éléments sur crédits prévus pour amélioration réseau routier et notamment R.N. Calvi-Porto-Vous demande user votre autorité pour faire lever immédiatement barrages qui constituent grave contre-propagande pour tourisme corse."
Deuxième télégramme: "vous confirme aucun crédit n'est actuellement disponible pour route Porto-Calvi en raison priorité donnée liaison Ajaccio-Sagone -- Quant élargissement tronçon Sagone-Porto sera effectué, travaux entre Porto et Calvi seront envisagés."
Le refus des deux télégrammes du préfet et de fausses rumeurs relatives à des heurts à Ota ne font qu'accroitre la tension sur les barricades. L'hélicoptère de la gendarmerie survole les lieux. L'arrivée des forces de l'ordre se précise. Il est 17 h environ lorsqu'elles font leur apparition aux abords de Porto. Elles arrivent par la route d'Evisa.
Au même moment, M. Nicolas Alfonsi, conseiller général du canton, adresse au préfet le télégramme suivant:
"Apprends mouvement de troupes vers porto. Vous demande de prendre toute mesure d'apaisement qui permette d'éloigner l'affrontement entre population et forces de l'ordre, affrontement que je m'efforce d'éviter depuis ce matin."
Apprenant que les deux premiers télégrammes du préfet avaient été refusés par le comité d'action, M. Nicolas Alfonsi, en accord avec le maire d'Ota demande au préfet de la Corse un troisième télégramme d'apaisement. il est 17 h 45. A 18 h 20, le troisième télégramme parvient à m. Jean-Baptiste Coeroli. Il est ainsi libellé: "Suite votre demande précisions concernant précédents télégrammes vous confirme aucun crédit disponible actuellement pour des opérations aménagements route nationale à partir de Porto. Par contre, certains crédits sont prévus au prochain budget au titre de l'entretien route nationale pour 1970."
Mais ce télégramme arrive trop tard. La troupe a attaqué dix minutes plus tôt. Les heurts sont violents. Les manifestants répliquent aux grenades lacrymogènes par des jets de pierres. les gendarmes mobiles que renforcent les brigades d'Ota, Evisa, Vico, Guagno sont casqués et armés. Ils sont au nombre de 150 environ et parviennent à prendre position sur le pont qui enjambe la rivière "le Porto", refluant les manifestants sur la route de Calvi. On relève une dizaine de blessés du côté des forces de l'ordre et quatre dans la population dont notre confrère Dominique Alfonsi, directeur de la publication "Inter-Corse", atteint par des éclats de grenade lacrymogène, et notre correspondant particulier, à Porto, M. Emile Guy Lannoy, molesté, alors qu'il exerçait son métier. Les blessures sont sans gravité, de part et d'autre.
Vers 20 h, un calme relatif s'établit. Les manifestants et les forces de l'ordre stationnées sur le pont s'observent à distance, cependant que les barrages abandonnés par les manifestants peuvent être franchis. Ils seront entièrement détruits aujourd'hui mais à 21 h, les routes étaient déjà rendues à une circulation relative.
Cette journée revendicative et les incidents qui l'ont marquée auront-ils une suite judiciaire ?
Une formation contre X sera vraisemblablement ouverte par le procureur de la République.
François PERETTI
et Emile LANNOY
Source " Nice-Matin Corse" septembre 1969.
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C'était en 1969.
Respect ! ! !
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